Le bisphénol B est « un perturbateur endocrinien pour l’Homme et l’environnement », conclut l’Anses

L’Agence nationale de la sécurité sanitaire, de l’alimentation de l’environnement et du travail (Anses) a rendu publics les résultats de son évaluation sur le potentiel de perturbation endocrinienne du bisphénol B (BPB). Ce travail d’évaluation mené dans le cadre de la Stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens, vient confirmer les inquiétudes quant à l’utilisation du BPB comme alternative au bisphénol A (BPA) dans certains pays hors d’Europe.

Rappel : le BPA est un additif principalement utilisé pour la fabrication de polycarbonates et de résines. Il est employé pour rendre les corps plus durs et transparents. On le retrouve ainsi dans des plastiques de contenants alimentaires, dans les revêtements ou films de protection à l’intérieur de canettes, etc.

Son utilisation dans les biberons est interdite dans l’ensemble de l’Union européenne (UE) depuis le 1er juin 2011. Son utilisation est également restreinte au niveau européen dans les papiers thermiques (tickets de caisse).

En France, le BPA est interdit dans tous les emballages, contenants et ustensiles alimentaires depuis le 1er janvier 2015.

En juillet 2017, le BPA est considéré par l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) comme perturbateur endocrinien (PE) et a été placé sur la liste des substances extrêmement préoccupantes (SVHC) dans le cadre du règlement européen sur les produits chimiques Reach. C’est la France, en février 2017 qui avait soumis auprès de l’ECHA une proposition de classement du BPA comme SVHC au titre de ses propriétés PE.

Le BPB, un perturbateur endocrinien similaire au BPA

Selon l’Agence, le BPB « remplit tous les critères de danger pour être définie en tant que perturbateur endocrinien selon la définition de l’OMS et les recommandations de 2013 de la Commission européenne » :

  • Une activité endocrinienne (action oestrogénique) ;
  • Une altération du système reproducteur mâle (réduction de la production quotidienne de spermatozoïdes, diminution du poids relatif des organes reproducteurs mâles) ;
  • Un lien biologiquement plausible entre l’activité endocrinienne et les effets néfastes cités, qui ont été observés de façon concordante chez les rongeures, et les poissons.

Ces effets sont similaires, voire légèrement plus prononcés à dose équivalente, à ceux du BPA. L’Anses met aussi en garde sur les effets synergiques entre les bisphénols présentant des propriétés analogues tels que le BPA et le BPS auxquels les populations et l’environnement peuvent être exposés. Enfin, il est probable que le BPB induise d’autres effets que le BPA, notamment sur la reproduction femelle ou le métabolisme.

 

L’échec de la substitution

Le BPB est utilisé comme substitut aux BPA et BPS, notamment aux Etats-Unis. sous forme d’additif dans des revêtements et des polymères qui entrent en contact avec les aliments. L’Anses souligne néanmoins que bien qu’il ne soit pas enregistré dans le règlement Reach pour être fabriqué ou utilisé en Europe, on retrouve du BPB dans des échantillons biologiques de population européenne et dans certains milieux naturels en Chine.

L’Anses propose donc d’identifier le BPB comme substance extrêmement préoccupante (SVHC) pour son caractère de perturbateur endocrinien dans le règlement Reach.

Cette identification en tant que SVHC permettra d’interdire son utilisation en tant que substitut en Europe et obligera les importateurs d’articles contenant du BPB à une concentration supérieure à 0,1%, à déclarer sa présence.

Le dossier d’identification soumis par l’Anses est mis en consultation publique sur le site de l’ECHA jusqu’au 23 avril prochain.