Publication d’une enquête européenne inédite sur les PFAS dans les emballages alimentaires

Alerte aux perfluorés (PFAS), substances chimiques dangereuses et persistantes, présentes dans des emballages en contact avec des aliments!

D’après une enquête inédite publiée ce jour, des emballages alimentaires jetables et de la vaisselle en papier, carton et fibres végétales moulées, disponibles notamment dans des chaînes de restauration rapide bien connues du grand public, contiennent des produits chimiques toxiques dits « éternels » : les PFAS.

Important – Après avoir pris connaissance des résultats de l’enquête, certaines enseignes françaises nous ont fourni les précisions suivantes :

Domnio’s pizza France, dont nous n’avons pas fait analyser d’emballages en France, nous a précisé avoir choisi « de faire confiance à des fournisseurs de qualité pour produire les contenants de nos produits. Des organismes et laboratoires indépendants réalisent très régulièrement des tests et analyses sur les matériaux de nos emballages qui démontrent l’absence de substances fluorées dans les matières en contact avec la nourriture. Aussi, l’ensemble des attestations obtenues récemment démontrent la conformité de nos emballages grâce à l’utilisation de papiers kraft 100 % fibres vierges pour le contact direct avec nos pizzas. »

McDonald’s France, dont nous n’avons pas fait analyser d’emballages en France, nous a indiqué que McDonald’s, à l’échelle internationale, s’est engagé à supprimer tous les composés fluorés au sein de ses emballages de service à horizon 2025. Au niveau français, ils nous ont confirmé que « nous n’avons d’ores et déjà plus aucun composé dit nocif (PFAs, PFOAs et PFOs) au sein de nos emballages« .

Biocoop, dont nous avons fait analyser un sac de course en papier kraft recyclé, nous a informé que les sacs krafts référencés par Biocoop et vendus en magasins sont tous non traités chimiquement et ne subissent pas d’enduction. Ils sont composés soit uniquement de fibres végétales vierges soit d’un mélange de fibres vierges et de fibres recyclées pour limiter les impacts environnementaux. Biocoop est la seule enseigne française, dont des emballages ont été analysés dans le cadre de l’étude européenne, qui a répondu à nos sollicitations et qui nous a fait part de son intention d’assurer un très haut niveau de sécurité de ses produits tant d’un point de vue qualité/santé, qu’au niveau environnemental. Nous échangeons régulièrement avec l’enseigne qui a immédiatement instruit et approfondit le sujet.

 

Les PFAS, qualifiés de polluants chimiques “éternels », constituent une famille chimique complexe regroupant près de 4500 composés distincts. Ces composés sont largement utilisés, notamment pour leurs propriétés antiadhésives ou anti-tâches. Les PFAS sont extrêmement persistants et mobiles. Leur élimination de l’environnement et de l’eau potable en particulier est difficile et coûteuse. Leur présence dans les emballages à usage unique des fast-foods notamment – en très grandes quantités et pour une utilisation de quelques minutes seulement – créée de nombreux déchets contenant ces substances préoccupantes, polluant  l’environnement et s’accumulant tout au long de la chaîne alimentaire.

Les résultats de l’enquête européenne

Alors que, selon le journal The Guardian, des géants de la chimie auraient caché les dangers de ces fameux « produits chimiques éternels » présents dans les emballages alimentaires, Générations Futures et 8 autres organisations européennes à but non lucratif [1] ont voulu savoir si l’utilisation de ces produits chimiques PFAS dans les emballages alimentaires et la vaisselle jetables était une pratique répandue en Europe.

Les résultats révélés ce jour montrent que l’utilisation des PFAS semble très répandue. Sur 42 produits analysés en laboratoire, 32 échantillons, dont des emballages provenant de grandes chaînes mondiales de restauration auraient été traités intentionnellement avec des PFAS [3] (selon la valeur indicatrice de l’administration vétérinaire et alimentaire danoise pour le fluor organique total [2]). 

Par ailleurs, parmi les 42 échantillons analysés, 17 ont été sélectionnés pour étudier la perturbation de l’activité thyroïdienne en tant qu’effet potentiel indésirable dû à l’exposition aux PFAS. Le test d’écotoxicité réalisé (bioanalyse de type FITC-T4) a confirmé que les PFAS présents dans les échantillons d’emballages alimentaires testés avaient le potentiel de créer des déséquilibres des hormones thyroïdiennes.

Et en France ? 

En France, un total de 15 échantillons a été récolté en juillet 2020 auprès d’un magasin Biocoop et de deux fournisseurs français d’emballages et de vaisselles jetables à usage unique pour les professionnels de la restauration sur des sites de vente en ligne : La boutique du jetable et Le bon emballage.

Une fois le test de perle d’huile réalisé [3], 6 emballages ont été sélectionnés pour être analysés. Il s’agit d’emballages jetables (boîtes pour vente à emporter) en pulpe végétale, de sachets pour sandwichs, d’emballages papiers pour burger ou encore de sachets pour cornets de frites. Sur les 6 emballages retenus, les tests ont toujours révélé la présence de PFAS, avec une concentration élevée pour 5 échantillons montrant la présence probablement intentionnelle de ces perfluorés (selon la valeur indicatrice de l’administration vétérinaire et alimentaire danoise pour le fluor organique total [2]) et une présence sous forme de trace pour le sixième du fait probablement de l’utilisation de papier recyclé contenant des PFAS sous forme de résidus.

Effets sur l’environnement et sur la santé

Outre la persistance dans l’environnement de ces composés, des effets sanitaires liés aux PFAS sont également possibles. Ainsi, si nos ONG ont ciblé les PFAS c’est notamment parce que des études scientifiques ont associé l’exposition à un certain nombre de PFAS à de graves effets néfastes sur la santé, notamment des cancers, et à des impacts sur les systèmes immunitaire, reproducteur et hormonal, ainsi qu’à une réponse réduite aux vaccinations. Dans le contexte des emballages alimentaires, des études ont également montré que les PFAS peuvent migrer de l’emballage vers les aliments, ajoutant à l’exposition globale aux PFAS de la population générale.

L’interdiction des PFAS est possible ! 

Dans certains pays, des réglementations efficaces visant à inciter les entreprises à renoncer aux PFAS ont été mises en place. Ainsi, au Danemark, leur utilisation dans les emballages alimentaires en papier et en carton est interdite depuis juillet 2020. Notre enquête montre d’ailleurs qu’aucun des sacs de frites McDonald’s échantillonnés achetés au Danemark après l’interdiction ne présentait de traitement intentionnels aux PFAS, contrairement aux constats faits en République tchèque et au Royaume-Uni pour des produits similaires.

« Il est grand temps que l’Union européenne agisse et interdise immédiatement et de manière permanente toute la classe des PFAS dans les emballages alimentaires, afin de protéger les consommateurs en premier lieu. Il n’est manifestement pas essentiel d’utiliser des produits chimiques hautement toxiques et persistants, qui présentent un risque aussi grave pour la santé et l’environnement, dans les emballages alimentaires jetables, d’autant plus qu’il existe des alternatives plus sûres« , déclare Jitka Strakova, auteure principale de l’étude et conseillère scientifique d’Arnika / IPEN.

« L’approche danoise, qui consiste à interdire l’ensemble de la classe de plus de 4 500 substances, montre que l’utilisation des PFAS dans des emballages alimentaires n’est pas une fatalité et que leur interdiction est réaliste. L’UE devrait donc s’inspirer de cet exemple. Les résultats pour la France montrent qu’il reste encore beaucoup à faire sur ce dossier c’est pourquoi nous invitons les citoyens à interpeller dans un premier temps les entreprises pour les inciter à stopper l’usage des PFAS. Nous inviterons ensuite les internautes à faire de même en direction des décideurs politiques car il y a urgence à agir.  » déclare Fleur Gorre, chargée de campagne ‘chimiques’ pour Générations Futures.

Mobilisez-vous pour demander aux grandes enseignes françaises le retrait des PFAS des emballages alimentaires

Même si les résultats de l’enquête européenne à laquelle nous avons pris part avec 8 autres ONG  ne sont pas représentatifs de la présence des PFAS dans tous les emballages alimentaires jetables en Europe, ces résultats soulèvent des inquiétudes et nous incitent à demander des mesures pour mettre fin à ces expositions.

Nous proposons aux internautes de se mobiliser, d’alerter et d’interpeller sans plus attendre certaines enseignes de fast food, de boulangerie, sandwicherie françaises*, ainsi que des grossistes auprès desquels elle a acheté les échantillons d’emballages analysés dans l’enquête européenne, pour leur demander de s’engager à éliminer progressivement les PFAS de leurs produits sans attendre l’entrée en vigueur de réglementations spécifiques et rejoindre le mouvement d’entreprise « Non aux PFAS » (No to PFAS) dirigé par ChemSec.

Cette campagne sera ensuite élargie aux responsables politiques nationaux.

*enseignes pour lesquelles nous disposons des informations nécessaires pour les interpeller

Retrouvez 

 

[1] Arnika (République tchèque), BUND (Allemagne), CHEM Trust (Royaume-Uni), ClientEarth (Royaume-Uni), the Danish Consumer Council (Danemark), Health and Environment Alliance (HEAL) (Belgique), the International Pollution Elimination Network (IPEN) (Suède) et Tegengif-Erase all Toxins (Pays-Bas)

[2] Ministry of Environment and Food of Denmark, Danish Veterinary and Food Administration (2020). Ban on fluorinated substances in paper and board food contact materials (FCM). Factsheet, June 2020. https://www.foedevarestyrelsen.dk/english/SiteCollectionDocuments/Kemi%20og%20foedevarekvalitet/UK-Fact-sheet-fluorinated-substances.pdf

[3] Pour connaître facilement la présence de PFAS dans vos emballages de restauration rapide, vous pouvez effectuer le test de la perle d’huile permettant de mettre en évidence les propriétés oléophobes d’un matériau : https://www.pfasfree.org.uk/beadtest.