L’exposition aux substances perfluoroalkyliques en début de grossesse augmente le risque de fausse couche

La fausse couche sporadique est une complication qui met fin à environ 15 à 20% des grossesses. Des études antérieures suggèrent qu’un contexte multifactoriel, où les facteurs génétiques, l’âge avancé de la mère, des perturbations endocriniennes et/ou immunologiques, le mode de vie (y compris le tabagisme) et l’intégrité de l’ADN y jouerait un rôle. Néanmoins, comme un grand nombre de fausses couches sporadiques restent inexpliquées, des études se concentrent sur l’importance de l’exposition aux produits chimiques présents dans l’environnement.

Parmi les molécules étudiées, on retrouve les substances perfluoroalkyliques (PFAS), une famille de substance exclusivement d’origine anthropique et notamment utilisés pour leur propriétés surfactantes. Comme le révélait une étude parue à la fin de l’année 2020, ces composés sont utilisés dans presque toutes les branches de l’industrie et dans une gamme de produits de produits de consommation extrêmement arge et variée (près de 200 utilisations différentes !) De plus, ils sont extrêmement persistants dans l’environnement et ont une demi-vie longue chez l’Homme. En conséquence, les études de biosurveillance montre une contamination généralisée de la population par les PFAS.

Chez l’homme, un nombre sans cesse croissant de publications fait état d’associations entre des concentrations sériques plus élevées de plusieurs PFAS pendant la grossesse, en particulier l’acide perfluorooctanesulfonique (PFOS) et l’acide perfluorooctanoïque (APFO ou PFOA), et la prééclampsie, ainsi qu’une croissance fœtale réduite. Comme ces issues de grossesse défavorables ont en commun leur relation avec le dysfonctionnement placentaire, il semble également important d’étudier les effets de l’exposition aux PFAS sur la fausse couche, où une placentation anormale a une place importante dans l’éthiologie.

Ainsi, une étude parue le 11 février 2021 a voulu déterminer si l’exposition maternelle a huit PFAS en début de grossesse était associé à des fausses couches inexpliquées et sporadiques au cours du premier trimestre de la même grossesse.

Dans cette cohorte, les scientifiques ont observé une assocication entre les taux sériques de PFOA en début de grossesse et un risque accru de fausse couche sporadique, ceci ajusté en fonction de la parité (nombre d’accouchement déjà vécu), de l’âge et du tabagisme. Plus précisément, un doublement de l’exposition a été corrélée à une augmentation d’environ 50% du risque de fausse couche, avec des indications d’une association dose-dépendante.

Les mécanismes possibles derrière cette observation sont inconnus. L’accumulation de preuves d’associations entre l’exposition au PFOA et des résultats néfastes pour la reproduction humaine, notamment les fausses couches, la prééclampsie et les troubles de la croissance fœtale, suggère l’existence de mécanismes communs.

 

Source :

Wikström, S., Hussein, G., Lingroth Karlsson, A. et al. Exposure to perfluoroalkyl substances in early pregnancy and risk of sporadic first trimester miscarriage. Sci Rep 11, 3568 (2021). https://doi.org/10.1038/s41598-021-82748-6